Le château médiéval d'Ambérieux en Dombes

La période gauloise

Les Ambarres – peuplade gauloise - qui se plaignaient à Jules César « des hostilités que les Helvètes faisaient dans leur païs », habitaient la Dombes. Il est vraisemblable que l’origine du nom d’Ambérieux provienne de celui de cette peuplade.

chateau amberieux en dombes

 

A l’époque des invasions barbares

Ambérieux-en-Dombes semble bien être aussi cet Ambariaco cité au VIème siècle dans un texte archivé à la Bibliothèque Nationale, comme lieu de proclamation de la loi Gombette. Ce document élaboré par Gondebaud, roi burgonde de 474 à 516, et complété par ses fils Sigismond et Godegisèle, réglementait les relations entre le peuple des Burgondes et celui des Gallo-romains. Il reconnaissait aux femmes des droits importants et définissait les droits successoraux.

L’édification d’une église sous le vocable de Saint Maurice depuis plus de 11 siècles pourrait bien être de la volonté de Sigismond – nommé plus haut – fondateur par ailleurs de l’Abbaye à Saint Maurice d’Agaune dans le Valais. Ainsi, les vestiges du château, situé au cœur du village dombiste, confirmeraient l’établissement, dans la continuité du site, de la « villa » de ce roi barbare.

 

Au Moyen-Âge

Le château fort fut construit en 1370-1378 par Humbert VII de Thoire-Villars, issu d’une puissante famille qui, un temps allié au Dauphin du Viennois, dut souvent s’opposer aux idées expansionnistes des souverains savoyards.

Le 11 août 1402, ce seigneur, sans héritier, vend le château, la ville et la châtellenie d’Ambérieux à Louis II duc de Bourbon, Prince de Dombes, avec « noblesse, seigneur, honneur, juridiction, fief et arrière-fief, hommage et autres droits ». Il en gardera cependant l'usufruit jusqu' à sa mort intervenue le 7 mai 1423. Ambérieux fait alors partie intégrante de la Principauté de Dombes. A l' issue de cette vente, reprend le conflit entre les ducs de Bourbon et ceux de Savoie. Ce dernier ne peut pas admettre la perte des terres de Thoire-Villars qu’il estime être de son apanage alors qu’il a  acquis les terres bugistes de ce même seigneur.

C’est ainsi qu’en 1408, Amé de Viry, sur ordre duc de Savoie, assiège et occupe le château d'Ambérieux. Le duc de Bourbon, aidé des troupes royales du seigneur de Chateaumorant, réagit. Brûlant les maisons  et le prieuré qui sont dans le château, il contraint les troupes savoyardes à se réfugier dans la tour maîtresse. Sans vivres, ces dernières sont obligées de se rendre. Les dégâts sont estimés à plus de 10 000 livres.

Malgré l’accord signé le 25 juillet 1441 entre les Duc de Bourbon et de Savoie, confirmant la possession d'Ambérieux par le premier nommé, la guerre éclate de nouveau. Le 10 mai 1460, les hommes du Duc de Savoie, gens de guerre des garnisons de Pérouges, Montluel et Miribel  assiégent le château d' Ambérieux mais ne réussiront pas son assaut. Ils pillent alors les églises du voisinage et enlèvent bêtes à cornes et chevaux avant de se retirer.

 

A la Renaissance

Le 14 septembre 1523, pour sanctionner le connétable de France, le Duc Charles de Bourbon, Prince de Dombes, qu’il accuse de félonie pour son rapprochement avec Charles Quint, son rival « européen », François 1er met sous séquestre la Principauté. Il vendra le 21 juillet 1537 les revenus de la seigneurie d’Ambérieux à noble Thomas Gadagne, banquier florentin, seigneur de Beauregard et bourgeois de Lyon, pour 14 000 livres, avec faculté de rachat perpétuel. La restitution par le roi de France François Il, à son souverain légitime, Louis de Bourbon Montpensier n’interviendra que le 27 septembre 1560.

Déjà délaissée par ses propriétaires successifs, les évènements liés aux guerres de religion laissent la châtellenie en grande partie inculte. De son côté, le château, non entretenu, voit son état se détériorer progressivement. Si en 1561, il est dit que le château est encore en bon état, il n’en est pas de même en 1706, comme le décrit une visite faite en février. " C'est un carré flanqué de quatre tours ; la porte étant du coté du matin, surmontée d’une espèce de tour, dont le couvert est entièrement miné. Les bois du pont-levis sont pourris et prêts à tomber. Une partie de la porte est couchée par terre, l'autre partie ne tient attachée à l'empare que par un clou. A coté de cette grande porte est une petite, avec un petit pont-levis, dans le même état. … La grande tour est à l'angle de matin et de bise.  L'escalier est miné depuis 30 ans, et on y monte par une échelle. Les planchers sont en ruine …Les murailles du château sont en assez bon état, avec une ouverture du coté du soir ".

 

A la veille de la Révolution et au 19ème siècle

En juillet 1774, un arrêt du Conseil d'Etat du Roi ordonne la démolition des murs d'enceinte du château jusqu' à la hauteur de sept pieds et demi ; ceci dans le but de donner de la clarté et de l'assainissement à l' église et au presbytère. En 1788, plusieurs maisons ont été détruites à l'intérieur de l'enceinte du château. Au milieu du 19e siècle, pour compléter la défiguration du site et nous en laisser la vision actuelle, l’église romane, blottie aux milieu des remparts, est rasée et remplacée par l’imposant bâtiment actuel. Des autorisations sont données aux propriétaires riverains d’adosser des immeubles au mur d’enceinte.

 

Aujourd’hui

En 1991, le maire attire l’attention de l’Architecte des Bâtiments de France sur le mauvais état de la partie sommitale du donjon. L’appel est entendu qui se traduit en 2010 par la pose d’un toit à l’identique de celui de l’origine avec ses quatre bretèches d’angle et sonne le renouveau d’un site qui sera aménagé.

Il reste donc aujourd’hui les trois tours originelles et son donjon, visible sur son promontoire à plusieurs kilomètres à la ronde, ainsi que les bases presque complètes des anciennes courtines. Des visites guidées de 30 à 45 mn sont organisées et conduites par les membres de l’association « Les Amis du Patrimoine d’Ambérieux en Dombes » que ce soit pour les groupes constitués ou à titre individuel ; un simple contact avec la mairie est nécessaire.

En 2010, avec les Journées Européennes du patrimoine, ce sont près de 1 000 visiteurs  qui ont pu, du haut du donjon, avoir une magnifique vue circulaire sur le plateau de Dombes.

Georges FAFOURNOUX